Samedi 27 février 2010
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Dr Eugène Rwamucyo
Au lendemain de la visite du Président français au Rwanda je voudrais saluer le courage de réconciliation qu’ont affiché les 2 chefs d’Etat, Nicolas Sarkozy et Paul Kagame, et d’avoir osé «solder
le passé» pour leurs pays respectifs.
Autant cette voie de réconciliation amorcée entre la France et le Rwanda est courageuse, autant je souhaite appeler les deux pays à tracer le même chemin qui conduise les Hutu et les tutsi du
Rwanda à solder leur passé.
Je suis, ainsi que d’autres personnes, accusé gratuitement par le gouvernement rwandais d’être génocidaire à partir d’allégations mensongères colportées depuis 16 ans par le Bureau Central
national du pouvoir rwandais, avec l’aide des associations recrutées depuis les années 1990 pour diaboliser l’élite hutu et faire la chasse aux intellectuels, hommes d’affaires et autres leaders
d’opinion rwandais « présumés génocidaires vivant à l’étranger ». L’essentiel des preuves fabriquées contre moi ont déjà été invalidées par le Haut Commissariat des Nations Unies
aux Droits de l’Homme et le tribunal de Grande instance de Bordeaux en 1997.
Je n’ai pas cessé, dès le début de fabrication de ces accusations en juillet 1994 à Butare, de clamer mon innocence. En effet, ma ferme conviction est qu’accepter de supporter indéfiniment le
poids d’un crime qu’on n'a pas commis, porter injustement le qualificatif de « criminel de génocide » sans clamer son innocence est une entorse à la recherche de la vérité. Cette vérité doit
servir à une justice sereine, qui respecte équitablement le droit des uns et des autres, celui des victimes comme celui des accusés.
Je suis heureux de constater qu’à l’occasion de la visite du président Nicolas Sarkozy au Rwanda, le pouvoir rwandais se dit enfin prêt à accepter à «réconcilier les nations et tourner une
page ». Je suis aussi heureux de constater qu’à la même occasion, le pouvoir rwandais se dit enfin prêt à abandonner le plaidoyer de culpabilité obligatoire, car, assure le Ministre Karugarama, il «ne cherchera jamais à incriminer quelqu'un d'innocent. Mais la réconciliation nationale passe aussi par le combat judiciaire et diplomatique
contre l'impunité». Ce combat est aussi le mien. Cependant, je constate que dans ce combat, le pouvoir de Kigali demande à la France "ma condamnation en monnaie d’échange
diplomatique".
J’insiste sur le fait que tous les rwandais portent les stigmates de ce qui s’est passé de 1990 à maintenant, «traces absolument indélébiles et inacceptables». Les peuples des Grands Lacs en ont
suffisamment souffert. Ils aujourd’hui plus besoin de médiateurs pour la réconciliation que de justiciers à la recherche de pseudo-coupables.
J’appelle donc le gouvernement rwandais à accepter que soit mis en place un collège de médiateurs auprès de la Cour Pénale Internationale de la Haye, afin que ce collège écoute avec la même
attention les 40 présumés mis en cause par les juges français Jean-Louis Bruguière et l’espagnol Andreu Merelles d’une part, et d'autre part, 40 présumés sur les 106 personnes que le
gouvernement de Kigali recherche actuellement à l’étranger. La vérité jaillira de ce dialogue réconciliateur, qui tiendra également compte des résultats des procès au TPIR.
Les deux parties mises en cause, se mettront d’accord sur la composition équilibrée de ce collège, car après la réconciliation des Nations, la vérité que je réclame doit servir une
justice sereine afin de faciliter la réconciliation des peuples des Grands Lacs.
Dr Eugène Rwamucyo
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